Sami Bouajila: "on aurait pu fonder une identité commune"

Menara.ma
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Connu pour ses interprétations remarquables dans des films comme Hors-la-loi, Les Indigènes ou encore Omar m’a tuer, Sami Bouajila, est de retour à Marrakech, cette fois en tant que membre du jury.

Avec quel regard allez-vous juger un film ?

Je n’arrête pas de me poser cette question. En émettant un avis, il y a forcement une sanction qui tombe. Il y a tout qui rentre en compte le fond, la forme, l’interprétation, ce qu’il se dit, ce que ça veut dire, ce que ça dégage, est-ce que ça nous interpelle ou au contraire si c’est complaisant. Ce n’est pas évident. Mais je joue le jeu.

Y-a-t-il des films qui vous ont interpelé plus que d’autres dans votre vie ?
Il y a des cinémas que j’aime plus que d’autres, comme ceux par exemple de Fatih Akin qui est ici (au festival de Marrakech). J’adore son cinéma parce qu’il a des prises de position. Head One ça reste une école pour moi. C’est un spectacle. Je suis très cinéphile ?

La France a été traumatisée par les récents attentats. Certains montrent du doigt la communauté musulmane. Vous êtes vous-même enfant d’immigré. Comment le vivez-vous ?

Vous allez trouver que je radote, mais pour moi ce ne date pas d’aujourd’hui ça. J’ai débuté dans le cinéma en 90 et déjà, cette question elle se posait de taille même si la parole n’était pas celle qu’elle est aujourd’hui. Peut-être au même titre que toi je suis en colère, interloqué, démuni, etc. Mais je me dois, parce que je suis exposé, de trouver une liberté la mienne. Du coup au-delà du fait m’engager dans le film je ne cherche pas à porter une parole politique. Je ne suis pas porte drapeau de la communauté maghrébine. Je ne tiens pas à l’être.

Mais quel est la réaction de l’homme que vous êtes.
Ca ne veut pas dire que je n’ai pas une position sur tout ce qui se passe. On aurait pu fonder une identité commune avec un outil qui s’appelle l’éducation nationale dont c’est la vocation. La menace est partout en Belgique, au Maroc, en France. Ça concerne plus que les Arabes tu te rappelles des années noires en Algérie. Il y a une politisation de l’islam dans laquelle je me garderais bien d’émettre des avis. Moi et mes parents on n’a jamais connu ça. Les barbus, il était déjà là dans les années 80 pour récupérer les mômes largués par le système social, le système scolaire. C’est un phénomène qui n’est pas nouveau.

Est-ce que vous vous sentez en securit à Marrakeh ?
Tu sais quoi je suis venu avec mes enfants. Il y a un syndrome en France c’est dans la tête c’est collectif. On oublie. Quant mon enfant exprime une crainte par rapport à l’avion. Je lui dis « tu sais peut être qu’on va fermer la porte et le lampadaire va nous tomber dessus ». Je me sens en sécurité là comme je me sens en sécurité en France.

Omar m’a tuer est-il un film important pour vous ?
C’est un film que je trouve cohérent dans mon parcours. C’est un film que je n’ai jamais vu parce que je le fais de l’intérieur. Il y a une complicité de longue date avec Rochdy Zem. La production était la même que celle de Hors la loi. Il y a une famille dans laquelle je m’inscris je m’y retrouve complètement. 

Comment vous avez envisagé l’interprétation du rôle de Omar
Je connaissais le personnage. Mais j’ai tenté de m’éloigner de ça sinon j’aurais été victime de ce phénomène, parce qu’il y avait une forme de sacralisation. Quand ça ce passait j’étais jeune et je vivais cette injustice. Je m’identifiais à ça. J’ai donc d’abord essayé de m’en éloigner Omar je l’ai rencontré sue deux fois, Mais j’avais Omar en permanence en moi, ce qu’il est ses atouts, ce qui le desservait.

Est-ce que les rôles comme celui de Omar (Omar m’a tuer) vous hante ensuite ?
Non dans le sens ou je n’ai pas envi de voir les films je préfère garder le sentiment intérieur de la construction du personnage du voyage que l’on a fait avec la troupe.

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