Jean Pierre Jeunet: "Plus il y a d'argent, moins il y a de liberté"

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Membre du jury du Festival international du film de Marrakech, Jean Pierre Jeunet nous parle de sa passion cinématographique pour la créativité et la liberté. Interview :

De Delicatessen à Amélie Poulain, en passant par Alien, la résurrection, son cinéma dépeint univers dépeint souvent un univers absurde, fantastique ou enfantin, parfois effrayant. Il a passionné les cinéphiles partout dans le monde et ne laisse jamais indifférent. Membre du jury du Festival international du film de Marrakech,  Jean Pierre Jeunet nous parle de sa passion cinématographique pour la créativité et la liberté. Interview :  

D'où vous est venue la passion pour le cinéma ?
Quand j'étais enfant des amis de mes parents avaient apporté une caméra Super 8. Ils m'ont laissé filmer, depuis j'ai plus arrêté de filmer et de me faire plaisir. C'est que je conseil aux jeunes aujourd'hui. Prenez ce que vous avez, un téléphone et faîtes vous plaisir. A l'âge de 12 ans. Je ne savais pas le formuler, mais je faisais déjà du cinéma. Je faisais des semblants de films et je ne savais pas que c'était metteur en scène.

D'où vient le genre enfantin et fantastique une caractérise souvent vos films ?
Ça vient du fait que je viens de l'animation. Le cinéma collé à la réalité, c'est pas ma tasse de thé. Reproduire la réalité comme le font beaucoup de cinéaste français, ça m'intéresse pas. Je préfère faire des documentaires. C'est plus intéressant. J'ai besoin d'avoir un regard sur le monde comme les peintres, de décaler la réalité.



Il vous arrive de travailler sur la base de scénarios que vous avez reçus?
Non. En France le metteur en scène s'occupe souvent de tout. C'est surtout aux Etats-Unis que ça fonctionne comme ça.  Mais aujourd'hui, j'évite de travailler avec les américains par ce que j'aime trop la liberté. La liberté que j'avais à l'époque d'Alien, je ne l'aurais certainement pas aujourd'hui. A l'époque j'étais tous seul. Aujourd'hui, il y a dix producteurs derrière des télés qui disent ce qu'ils pensent je les vécu avec la série Casanova. Soit c'est des grosses machines et il n’y a pas de liberté. Soit c'est des petits budgets plus libres. Mais dans ce cas là je peux les faire en France. J'ai cent pour cent de liberté

C'est pour cela que vous avez refusé de diriger Harry Potter?
Oui j ai refusé par ce que tout était prêt le scénario, les costumes, les décors... Et ça m'intéresse pas. J'ai besoin de faire plus de choses.

D'où vient ce côté joyeux puis mélancolique dans vos œuvres?
Chez Pixar ils disent une joie une larme. C'est un peu le secret si vous parvenez à faire rire puis à faire pleurer, vous avez réussi.

Vous pensez que l'évolution du cinéma vers l'industrialisation impacte la liberté. Peut-on dire que le cinéma marocain sera moins libre d'ici quelques années?
Il est vrai que plus il y a d'investissements sur un projet, plus les exigences sont grandes, notamment en terme de profit.  Plus il y a d'argent, moins il y a de liberté. Mais j'ai eu la chance d'avoir des gros budgets tout en restant libre.

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